L’Afrique des entrepreneurs modernes ou des «média-preneurs» ?

Ce matin, je reçois l’appel d’un ami entrepreneur et consultant camerounais qui désirait avoir des informations et conseils en vue de la prochaine saison du Concours Mondoblog. Et comme à chaque fois que deux afropreneurs échangent, cela découle sur des sujets et visions similaires.

L’échange était tellement passionnant et riche de sens que je lui ai proposé de publier un article à ce sujet. Cec fait de lui, aujourd’hui, mon invité sur la plateforme « Parlons Talent ».

Avec cet ami en question, à vrai dire, on s’est connu grâce aux réseaux sociaux et je reconnais, là, la force du numérique.

Lui, c’est Jovial R. Douanla. Je le laisse se présenter.

Jovial R. Douanla : Alors, bonjour chers lecteurs et merci Sandrine pour cette invitation.

                    Jovial R. Douanla

 Par quoi commencer ? Je suis juste un petit garçonnet :

  • classé parmi la crème des « disrupters Africains 2016 », d’après le magazine de renom ivoirien Tomorrow mag,
  • classé 2ème « disrupter », d’après le magazine camerounais Beekome mag
  • et également multi-bloggeur, pour Africa24Monde et pour AfroHuslter.

(Oui fausse modestie)

Je suis surtout ce type de personne qui pense que les jeunes ne se posent plus les bonnes questions et qu’actuellement ils entreprennent pour les mauvaises raisons.

Consultant en développement d’affaires pour les entrepreneurs et entrepreneur également depuis deux ans déjà, j’ai eu le temps d’analyser ce secteur passionnant et de me rendre compte qu’il y a encore un grand effort psychologique à faire.

J’en ai d’ailleurs profité pour développer un groupe de conférence dont la première édition a eu lieu il y a quelque jours, ici, au Cameroun. InspireAfrika.com en fera un reportage bientôt.

Merci Jovial pour cette modeste et courte présentation. Comme je le disais précédemment, parti d’un appel pour des conseils, nous en sommes arrivés à débattre et échanger sur un sujet qui nous semble passionnant. Une problématique très importante qui touche l’Afrique est celle de « la mouvance entrepreneuriale ».

Ici, attention, Jovial fait un portrait de moi. Voyons voir ce qu’il peut bien penser et dire de moi :

Jovial R. Douanla :  Sandie  (comme je la surnomme) est une jeune femme, réfléchie, objective et intègre, qui pense que l’Africain regorge d’un énorme potentiel.

Par ses différentes actions, elle souhaite plus que jamais montrer que tout est possible et que n’importe quel jeune peut donner un sens à la vie par ses propres moyens. L’entrepreneuriat, ou encore la méthodologie projet, pourraient en effet être un excellent moyen d’y parvenir.

Sauf qu’en ce moment, la définition d’entreprendre tend à être un peu biaisée : entreprend-t-on pour une reconnaissance du statut de « fondateur de » ou encore de « CEO », comme certains aiment bien faire, ou alors parce que l’on désire à un moment donné prendre des initiatives et être acteur de sa vie ?

Quand deux jeunes Africains, autant rêveurs que réalistes, échangent sur une problématique importante, il ne peut qu’en sortir une synthèse intellectuelle extrêmement nourrissante.

Nous avons donc souhaité partager avec vous le recueil de nos échanges et le fruit de nos réflexions, de nos visions entrepreneuriales pour l’Afrique.

Pourquoi les jeunes choisissent d’entreprendre ?

Nul besoin de faire un grand effort pour remarquer que l’entrepreneuriat est devenu un véritable phénomène de mode en Afrique.

Les jeunes africains en voyant les autres réussir et émerger en sont tout de suite fascinés. Cela leur donne beaucoup d’adrénaline. Le réflexe est le même : « je veux être comme lui ».

Sauf que, sans s’en rendre compte, beaucoup de ces jeunes entreprennent par « suivisme » et c’est un drame. Le terme est peut-être un peu fort, mais cela veut dire que les jeunes ne se posent plus les bonnes questions et idéalisent le parcours à succès des autres entrepreneurs.

En même temps, ces entrepreneurs à succès ne rendent pas les choses plus simples. Le plus souvent, le message qu’ils adressent aux jeunes est le suivant : « il faut croire en soi et persévérer ». Loin de les motiver, ce message tend à les aveugler. Ces jeunes-là auront plus tendance à « entreprendre à l’occidentale » puis oublier les réalités économiques.

Jovial se rappelle avoir prononcé dans un des magazines où il avait été interviewé : « je rêve d’une Afrique de rêveurs réalistes. Parce que, quand on est une personne ambitieuse et réaliste, la motivation est un acquis ».

//vous pouvez télécharger le magazine ici, pages 68 à 72.

Finalement, les jeunes oublient que la motivation qu’ils cherchent désespérément, via le parcours de ceux l’ayant déjà, est en réalité du courage. Et ils le possèdent déjà.

Là où nous étions parfaitement en phase avec Jovial, c’était que sur le fait qu’entreprendre c’est se prendre en main et devenir maître de soi. Prendre une ou plusieurs initiatives et œuvrer pour qu’elle se réalise.

Il se trouve aussi que certains entreprennent parce qu’ils sont en quête d’image de marque et d’une bonne réputation, ce qui n’est pas mauvais en soi. Sauf qu’il faut pouvoir rentabiliser cela pour surtout ne pas devenir un «média-preneur».

Un «média-preneur» est un terme que Jovial a tendance à utiliser dans ses talks, pour caractériser ces nouveaux profils d’entrepreneurs qui misent plus sur leurs réputations sociales et marketing que sur leurs véritables activités d’entreprises. En gros, ils deviennent très vite de jolis vases vides.

Le complexe du leadership

Avec Sandie, nous remarquions que bien malheureusement en Afrique, et plus particulièrement dans nos pays respectifs (Le Cameroun et Le Tchad), les jeunes souffraient d’une grosse maladie, celle du « complexe du leader ». On peut même se permettre de dire que ce fléau a impacté toute l’Afrique entière. Tous les jeunes se présentent et s’identifient comme des leaders. Mais le leader n’est-il pas justement une personne qui est reconnue par ses pairs ? Depuis quand l’on s’autoproclame leader ?

Dans un sens, beaucoup de jeunes oublient ceci : participer à l’émergence c’est aussi générer du cash. Beaucoup confondent l’économie avec l’innovation.

Les jeunes ont tendance à développer des micro-innovations identiques ou semi-identiques les unes des autres et réussissent à se convaincre qu’ils participent à l’émergence à travers leurs solutions. Alors qu’au fond, ce qu’ils souhaitent individuellement c’est se faire un nom, une réputation.

« L’objectif d’entreprendre n’est pas et ne sera jamais d’être au-dessus des autres, c’est simplement une aubaine pour pouvoir prendre sa vie en main et de se sentir utile dans son petit cercle social. » – Voilà l’état d’esprit que Sandie et moi souhaitions transmettre comme message à la jeunesse.

Entreprendre, c’est une question d’état d’esprit

L’Afrique regorge de potentiel mais, malheureusement, la plupart des analyses statistiques sur la proportion de jeunes dynamiques qui utilisent les réseaux ou sur les secteurs porteurs sont en général faits pas les organismes internationaux.

Jovial R. Douanla nous en dit un peu plus : « Je pense qu’il faudrait mieux comprendre le parcours d’une personne et bénéficier de ses expériences plutôt que de s’identifier à cette personne et à son parcours ou à sa réussite. Je ne me vois pas comme le prochain Einstein, Steve Jobs, Zukerberg ou Tony Elumelu, je me vois comme le prochain «Jovial Rivarol Douanla » c’est tout. »

Pour se prendre en main, les jeunes ont besoin de se rendre compte que chacun d’entre eux dispose d’un potentiel.

 

Une personne uniquement ambitieuse est une personne aveugle. Une personne trop réaliste est en général pessimiste. La nouvelle génération doit être ambitieuse mais également réaliste : pour pouvoir être une personne bien construite, connaissant son contexte, le fonctionnement du système et sachant l’utiliser à son avantage. »

Voilà notre message à la nouvelle génération à venir.

Espérant que ce message puisse avoir un impact important sur vous en 2017 🙂

Jovial, depuis le Cameroun,

Sandie, depuis l’Europe,

 

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snaguertiga

snaguertiga

Jeune entrepreneure et blogueuse Franco-Tchadienne se définissant comme une "Afroptimiste" tout en ayant la tête bien fixée sur les épaules. Je fais partie de ces personnes qui croient en cette Afrique fascinante et aux nombreux talents cachés mais bel et bien présents. Je blogue tant par passion que par détermination, ce qui fait qu'il est très difficile de m'arrêter quand je me lance. J'espère, à travers ce blog vous avoir donné envie de prendre l'Afrique du bon côté.

6 réponses sur “L’Afrique des entrepreneurs modernes ou des «média-preneurs» ?”

  1. Très a bonne analyse de votre part, je pense que les jeunes doivent vraiment faire usage de cet héritage que vous les cédez .

    Pour ajouter j’ aimerai dire que en dehors d’ être ambitieu et réaliste, faudrait aussi être bien entouré , par ce que la reussite vers notre destination dépend de ceux avec qui ont chemine ( equipe, collaborateur, partenaire). On ne peux entreprendre et travailler tout seul, le réussite d’ un entrepreneur est proportionnelle a la détermination de son equipe .

    1. Cher Landry,
      Merci beaucoup pour ton retour ainsi que pour cet élément clé que tu apportes. Je te rejoins tout à fait sur tes propos. Il n’y a pas mieux que de se sentir encouragé, motivé et soutenu, surtout lorsqu’on porte un projet. Et cela peut-être tant un facteur de succès que d’échec. Et toi et moi savons bien que dans nos sociétés d’Afrique, c’est encore un problème majeur à résoudre. Mais heureusement qu’avec la détermination et l’ambition, beaucoup arrivent à nous donner le goût d’oser et à montrer que tout est possible.
      Merci encore pour ta superbe analyse. Au plaisir.

    1. Chère Vanessia,
      Merci beaucoup pour ton commentaire qui m’encourage davantage. Je suis contente de savoir que cet article aura pu t’apporter quelques éléments d’éclaircissements. N’hésites surtout pas à lire les articles que je publie régulièrement (et qui traitent souvent d’entrepreneuriat) où à me contacter si besoin. Au plaisir.

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