Les freins au développement du leadership et à l’émancipation des femmes en Afrique

Il y a de cela 1 an jour pour jour, je réalisais un article à l’occasion de la journée internationale des femmes. Un article sur lequel je revenais sur l’importance de replacer cette journée dans son contexte d’origine: celui d’une journée de lutte pour l’amélioration des conditions des femmes à travers le monde, et non pas d’une journée de festivité (comme certains peuvent le prétendre).

cc: Pixabay

Article à lire ici: « Afrique: le 8 Mars, journée des femmes et non pas fête de la femme » 

Pour cette nouvelle édition, je choisis de traiter d’un sujet que je juge très important: celui du leadership chez les femmes, notamment en Afrique. Un levier très important du développement et de l’amélioration des conditions socio-professionnelles des femmes, qui pourtant rencontre encore de nombreux freins.

Commençons d’abord par poser les bases: qu’est-ce que le leadership? 

Il existe de nombreuses définitions du leadership. Mais l’on en retiendra celle de Peter NORTHOUSE, Leadership – Theory and Practice, Sage.

Le leadership est le « processus par lequel une personne influence un groupe de personnes pour atteindre un objectif commun. »

Il en ressort que le leader a cette capacité à fédérer un groupe autour d’une vision commune, et ce, dans un climat de confiance. Pour cela, il fait appel à plusieurs qualités qui lui sont reconnues: la communication, l’écoute, l’humilité, le respect….

Un état des lieux: l’Afrique peut mieux faire 

La Banque Africaine de Développement (BAD) estime que les entreprises panafricaines de référence (tous secteurs confondus) ne comptent que 14,4% de femmes dans leurs conseils d’administration.

Or il est reconnu que les entreprises qui ont une plus grande proportion de femmes dans leurs conseils d’administration et comités de direction sont plus performantes financièrement.

En matière de parité en Afrique, le Rwanda est un exemple à suivre. Ce pays est en effet le seul au monde qui compte le plus de femmes au parlement avec plus de 53% de femmes députés. Pour cela, les femmes du pays ont su s’imposer et perdurer.

Selon l’étude « Women Matters » de McKinsey, je cite: « si tous les pays africains étaient aussi performants que le Rwanda en matière de parité, l’Afrique accroîtrait son PIB de 12% ».

Une femme leader est capable d’exprimer ses idées, d’influencer, d’inspirer, de mener un groupe vers un but commun, de motiver et surtout d’aider les autres à s’élever.

La diversité, notamment en matière de genre, est un levier de développement tant économique et social; et celle-ci passe notamment par le leadership. Mais pour que ce leadership s’impose, les femmes doivent réussir à éradiquer ces nombreux freins qu’elles rencontrent.

Quels sont les freins au développement du leadership chez les femmes en Afrique?

On les retrouve dans deux catégories: les barrières externes et internes.

Les barrières externes:

Les législations en vigueur qui ne favorisent pas l’accès aux femmes à des postes à hautes responsabilités

Je citais l’exemple du Rwanda ci-dessus. En effet, il y a dans la plupart des pays d’Afrique des politiques qui ne permettent pas à des femmes d’accéder plus rapidement à des emplois à haute responsabilité ou même encore de faire carrière dans la vie politique. Si la législation en place n’est pas en faveur des femmes, elle pourra impacter sur cette voie professionnelle ou citoyenne envisagée.

Le manque de politique « pro-famille » qui désavantage les femmes: 

En effet, si nous prenons l’exemple des pays occidentaux, il existe des politiques sociales qui permettent à des femmes d’aspirer à de grandes carrières puisqu’elles ont la possibilité d’avoir un accès facile à la garde d’enfant, la taxation sur les revenus, des politiques de santé favorables (planning familial…)

Le secteur privé qui entretient des politiques de management beaucoup plus favorables aux hommes:

Il est bien souvent très difficile pour des femmes dans certaines entreprises d’aspirer à une carrière de Manager, Responsable….car la politique de l’entreprise n’est en aucun favorable à son développement: inégalité de salaires, promotions quasi inexistantes, harcèlement moral et sexuel, représentation négative de la femme basée sur des préjugés…

Le fameux « plafond de verre »qui fait référence  « au fait que les femmes puissent progresser dans la hiérarchie de l’entreprise mais seulement jusqu’à un certain niveau » est une résultante de l’absence d’une grande partie des femmes au sommet d’une hiérarchie.

Or le mode de management-leadership féminin est souvent reconnu comme étant axé sur le développement des autres, la reconnaissance, l’intérêt collectif. Des qualités bénéfiques pour la création de valeur et de richesse d’une entreprise.

Les stéréotypes qui bloquent les ambitions et aspirations des femmes: 

Le leadership, la capacité à manager, à diriger et à prendre des décisions sont très souvent et automatiquement réservés au domaine masculin. La femme est perçue comme le « sexe faible », serviable, trop sociable et maternelle pour espérer diriger et manager comme il se doit. Ainsi on dit de la femme qu’elle soit incapable d’affirmer son leadership. Ces préjugés ne font que renforcer les inégalités entre hommes et femmes et ainsi empêcher de nombreuses femmes à accéder à des promotions ou des postes à hautes responsabilités.

La non valorisation du secteur informel dans lequel elles sont encore nombreuses à entreprendre là-dedans

L’entrepreneuriat des femmes est une réalité sur le continent africain. Nombreuses sont-elles à se lancer dans ce domaine de manière quasi-systématique, la plupart du temps pour subvenir aux besoins de leurs familles. Cependant, elles l’exercent bien souvent de façon informelle, ce qui les contraint à se maintenir dans un sytème dévaluant pour elles.

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Les barrières internes: 

Le manque de confiance en soi et d’estime de soi qui jouent sur le développement personnel et professionnel 

Le manque de confiance en soi ou d’estime de soi peuvent bien souvent découler des préjugés qu’une femme peut endurer au fil du temps. Bien souvent l’entourage personnel ou professionnel est la cause de ce manque de confiance qui finalement poussent les femmes à accepter ces codes et à les intérioriser.

Le difficile équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle:  

La famille occupe une place très importante dans la vie d’une femme, et de surcroit en Afrique. Les femmes sont bien souvent dans l’obligation de « sacrifier » leurs ambitions professionnelles au profit de l’homme dans une famille/couple. Le manque de disponibilité et de mobilité est bien souvent une équation très difficile à résoudre dans la vie d’une femme. L’organisation est essentielle pour satisfaire à tous les plans les responsabilités en tant que femme, mère, épouse tout en répondant aux exigences du travail. Seules celles qui sont soutenues soit par leur partenaire ou leur famille arrivent à concilier ces deux domaines sans grande difficultés: ce qui est peu fréquent.

Le mentorat peu fréquent: 

Le mentorat des femmes par les femmes ou même par les hommes est essentiel.

Une relation de confiance mutuelle se place entre le mentor et la « mentorée ». Le mentor partage ses expériences gratuitement avec la personne dans le besoin et ainsi la motive à aller de l’avant. Cette pratique se présente sous la forme de reflet miroir qui peut davantage permettre aux femmes d’oser et d’avoir confiance en elles. Ainsi elle brise tous les préjugés ou blocages construits intérieurement et peuvent se permettent de rêver grand.

On reproche souvent aux femmes en Afrique de manquer de soutien entre elles, voire-même d’imposer des rivalités qui peuvent s’avérer être fatales.

Ainsi, instaurer un mentorat de femme à femme permet de favoriser le leadership des femmes et de re-qualifier les relations entre les femmes/

Il est aujourd’hui très difficile de progresser sans soutien, sans appui, sans personne qui nous apporte des conseils, de l’expertise, de la motivation, de l’accompagnement, de l’écoute.

Le développement du réseau bien souvent négligé et bâclé 

Le réseau est fondamental lorsque l’on envisage de faire carrière. Les femmes qui aspirent à un avenir professionnel prometteur se doivent de créer et de développer leurs propres réseaux pour avancer.

Il est important de développer un réseau sain et qualitatif pour espérer progresser comme il se doit.

Ne pas se former sur certains aspects du développement personnel et/ou professionnel: 

Il est très important de rester à l’écoute des nouveautés et de se former ou s’auto-former sur les aspects importants du domaine personnel et professionnel surtout si l’on ambitionne de progresser.

Être en veille de l’actualité, s’intéresser aux nouvelles tendances, formations, s’informer sur son réseau, se renseigner…être proactive est une qualité très appréciée qui peut aider à son développement.

cc: Pixabay

La femme africaine a depuis toujours fait preuve de détermination, d’autonomie et d’initiatives. Ellle est capable de diriger des hommes et une entreprise qu’importe le secteur d’activité, et ce, à tous les niveaux de la hiérarchie. Pour cela, elle doit être en mesure de briser les barrières, bien souvent internes qui freinent son  développement. Ce que l’on se dit chaque jour à soi-même peut soit nous briser ou au contraire nous détruire. La féminité est un composant de la diversité et est donc une force, alors Mesdames, osez rêver, osez espérer, osez le changement, osez vivre la vie dont vous rêvez.

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snaguertiga

snaguertiga

Jeune entrepreneure et blogueuse Franco-Tchadienne se définissant comme une "Afroptimiste" tout en ayant la tête bien fixée sur les épaules. Je fais partie de ces personnes qui croient en cette Afrique fascinante et aux nombreux talents cachés mais bel et bien présents. Je blogue tant par passion que par détermination, ce qui fait qu'il est très difficile de m'arrêter quand je me lance. J'espère, à travers ce blog vous avoir donné envie de prendre l'Afrique du bon côté.

4 thoughts on “Les freins au développement du leadership et à l’émancipation des femmes en Afrique

  1. Tout a fait daccord, mais ce nest pas la première fois quon entend la tronche en biais (nottament mandax) sortir des poncifs et des préjugés au raz des paquerettes sur les américains Mais ils se couvrent de scientificité et se pensent innattaquable sur ces plans la. la sociologie est une science qui les dépasse, et meme quand ils font mine de sy intéresser, cest encore bancal. merci davoir apporté votre contribution a leur critique plus que je naurais pu le faire (pas les le temps de me plonger dedans et surtout pas assez de self-control pour bien etablir mes propos que voulez vous, il y a des comportement qui rendent dingue).

    1. Cher Josy,
      Merci pour votre apport si riche et complémentaire ainsi que pour le temps consacré à la lecture de l’article.
      Au plaisir de vous relire sur mon Blog.
      Bien à vous,

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