Au Tchad, Unicef et Wenaklabs luttent contre la fracture numérique auprès des jeunes

60% des jeunes n’ont pas accès à internet en Afrique contre seulement 4% en Europe, selon le dernier rapport annuel 2017 d’Unicef.

Un chiffre alarmant alors même que l’on vante un peu partout l’intérêt d’une révolution numérique pour le développement du continent africain.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, regardez ces vidéos :

Celle réalisée par Lola Dubini. La youtubeuse française à succès, star montante du web et invitée par Unicef France lors d’une mission au Tchad, a réalisé une vidéo qui montre les conséquences de la fracture numérique chez les jeunes au Tchad. Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à la voir très rapidement. Elle montre à la fois les réalités vécues par les jeunes Tchadiens (et plus particulièrement ceux qui vivent dans le camp des réfugiés de Gaoui) et la jeunesse à la capitale. Ce que j’aime dans cette vidéo, c’est le fait qu’elle fasse remonter les réalités vécues par la jeunesse et la population localement sans clichés.

Et la seconde vidéo qui est celle de France 24 – Mashable qui montre les exploits réalisés par des jeunes Tchadiens issus d’un collectif: « Wenaklabs » que je présenterai plus en détail ci-dessous:

La fracture numérique, Kesaco?

La fracture numérique désigne le plus souvent l’inégalité dans l’usage et l’accès aux technologies de l’information et de la communication (couramment appelés TICs): téléphones portables, ordinateur, internet….

Le manque d’infrastructures adaptées, l’inégale répartition des moyens d’informations et de communications, le coût élevé de l’accès à internet, le manque de formations adaptées et de contenus locaux sont des facteurs qui participent à cette fracture numérique. Il est important de voir qu’elle recoupe une fracture socio-économique qui, elle aussi, est très forte.

A l’heure où l’économie numérique est présentée comme un véritable atout pour de nombreux pays africains, certains peinent à rattraper un retard considérable dans ce domaine.

 

Le fossé numérique risque d’isoler certains peuples, ceux d’Afrique en particulier. Abdoulaye WADE, ex-président du Sénégal

Trois niveaux d’inégalités à distinguer

On distingue trois niveaux d’inégalités qui concernent l’accès aux nouvelles technologies à savoir dans:

  • l’accès à un mobile, un ordinateur, Internet
  • l’accès aux compétences, à la maîtrise et à des outils numériques
  • l’accès aux informations

 

Le cas spécifique du Tchad: 

Le Tchad, pays d’Afrique centrale, peine encore à lutter efficacement contre la fracture numérique, alors même que les TICs sont associés au processus de développement de nombreux pays. Bon nombres d’entrepreneurs et d’initiatives placent les TICs au coeur de leurs actions, et ce, dans plusieurs domaines (agriculture, santé, transport, commerce, services…)

Accéder à un internet de qualité est non seulement un luxe mais bien souvent très compliquée au Tchad.

Deux principaux opérateurs, Airtel et Tigo, se partagent le marché et proposent bien souvent des tarifs beaucoup trop élevés et sans traçabilité claire sur leur fonctionnement. Retrouvez ci-dessous quelques captures d’écran que j’avais faites lors d’un de mes récents voyages au Tchad. Sur ces images, on peut voir les tarifs proposés pour la souscription à un forfait internet (pour information 1EUR = 655 FCFA).

UNICEF au Tchad, qui oeuvre auprès des enfants a choisi de faire de cette fracture numérique, un de ses combats

 

CC: Africa Media

Pour en savoir plus: Internet, une autre opportunité dont les enfants du Tchad sont privés

À un niveau plus local, plusieurs associations luttent en fonction de leur moyen contre la fracture numérique. Ceux-ci permettent à une population défavorisée et plus jeune de bénéficier de compétences sur l’utilisation des outils informatiques et le réseau Internet…comme c’est justement le cas de Wenaklabs.

 

Wenaklabs, un collectif de jeunes Tchadiens qui font la promotion des TICs au Tchad

WenakLabs est le nom d’une communauté de jeunes passionnés de nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il est formé de l’association de 2 mots:

« Wenak » qui veut dire « Où es-tu? » en arabe Tchadien, et « Labs » qui est un diminutif de laboratoires.

Ces jeunes, très engagés pour la lutte contre la fracture numérique, n’ont de cesse de faire appel à leur créativité et leur passion pour les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Au fil du temps, Wenaklabs s’est inscrit dans le paysage entrepreneurial et numérique Tchadien comme l’un des acteurs les plus importants, pour ne pas dire le seul acteur, en matière d’entrepreneuriat numérique.

Ils doivent entre autre l’un de leur succès au « Jerry computer », un ordinateur fabriqué à partir des matériels informatiques usagés. Ils sont assemblés et montés dans un bidon (jerrycan) de 20 litres.

Pour plus d’informations je vous invite à lire cet article de la voix des jeunes.

Mais comment combler le fossé numérique?

Lutter contre la fracture numérique, notamment eu Tchad, ne passe pas seulement par un accès plus favorable à Internet. Bien d’autres facteurs entrent en jeun à savoir:

Mettre la technologie à la portée de tous: des ordinateurs, téléphones mobiles accessibles, satellites…. en effectuant notamment une politique tarifaire intéressante tout en encourageant l’innovation locale (exemple des téléphones Mobiles Made in Africa qui voient le jour)

Démocratiser l’accès à l’information qui n’est autre qu’un droit fondamental. Censurer l’accès à internet et aux moyens d’informations et de communications (comme c’est souvent le cas dans des pays d’Afrique) n’est en aucun cas un acte favorable pour les pays

Soutenir l’accès aux TICs aux travers de politiques publiques (faire jouer la concurrence aux niveaux des opérateurs de téléphonie mobiles et ainsi faire baisser les coûts, inclure le numérique dans les enseignements allant du primaire jusqu’au supérieur, encourager l’entrepreneuriat innovant…) pour le développement.

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snaguertiga

snaguertiga

Jeune entrepreneure et blogueuse Franco-Tchadienne se définissant comme une "Afroptimiste" tout en ayant la tête bien fixée sur les épaules. Je fais partie de ces personnes qui croient en cette Afrique fascinante et aux nombreux talents cachés mais bel et bien présents. Je blogue tant par passion que par détermination, ce qui fait qu'il est très difficile de m'arrêter quand je me lance. J'espère, à travers ce blog vous avoir donné envie de prendre l'Afrique du bon côté.

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