Quand l’Afrique attire (part 1) : Madagascar, l’île de la tentation ?

Une chose est sûre, la fin de l’année aura su faire couler beaucoup d’encre pour Madagascar, la 5ème plus grande île du monde par sa superficie.

Le sommet de la francophonie, un enjeu de taille pour le 5ème pays le plus pauvre au monde

Face à cette réalité criante, organiser un événement d’une telle envergure n’aurait bien entendu pas été apprécié de tous : jusque-là aucune surprise.
En dépit de tous les reproches qui lui auront été faits, la grande île aura finalement pu accueillir le 16ème sommet de la Francophonie qui s’est déroulé du 22 au 27 Novembre 2016. Mais pas que. Cerise sur le gâteau : la formation annuelle des blogueurs de l’espace francophone, « Mondoblog RFI 5ème édition » était également organisée à Antananarivo (Tana pour les intimes).
Ce fut un enjeu de taille pour celui qui est classé parmi les 5 pays les plus pauvres d’après le FMI et qui, j’ajouterai était l’un des plus grands absents médiatiques (comme la plupart des pays d’Afrique d’ailleurs).
Le pari était osé et tout portait à croire que le pays ne pourrait en aucun cas être à la hauteur de cet événement si important : tant en termes d’infrastructures d’accueil des différentes délégations et touristes qu’en termes de sécurité.

CC: Mondoblog - RFI
Le Président de la République Française, François Hollande, rendait visite aux Blogueurs francophones Mondoblog – RFI

Une des choses qui m’a réellement marqué en mettant les pieds à Tana, c’est la réalité plus que jamais frappante à laquelle nous étions confrontés. Selon moi, Madagascar est un pays aux richesses naturelles incroyables mais comportant une forte population pauvre. Cela peut être très mal perçu, mais pour moi qui ai eu la chance de m’y rendre pour la 1ère fois, à l’occasion de la formation pour les Mondoblogueurs RFI, ce fut eu un véritable choc.

Selon des chiffres de la Banque Mondiale, « 90 % de la population vit en dessous du seuil d’extrême pauvreté, soit moins d’1,25 dollar par jour »

Dans la capitale malgache, j’ai été bouleversée en voyant des enfants de moins de 10 ans mendier aux fenêtres des véhicules qui passaient, ou encore en voyant les embouteillages fréquents et les habitations construites çà et là sans un réel plan d’urbanisme.

Et croyez-moi, tout cela faisait peine à voir.

Mais j’ai été agréablement touchée de voir l’hospitalité de la population malgache ainsi que leur fierté d’appartenir à cette nation. Que ce soit à Antananarivo, la capitale ou encore ici, avec la diaspora, les malgaches sont un des peuples les plus fiers et patriotes que je connaisse. Ils ont l’amour de leur nation et l’espoir d’un lendemain meilleur : ce qui leur permet de surpasser le quotidien maussade qu’ils subissent.

 

CC: OIF
Logo officiel du 16ème Sommet de la Francophonie

Pour en revenir au Sommet de la Francophonie, selon des chiffres officiels, environ 7 millions d’euros ont été investis pour l’organisation de cet évènement.

Comment, dans un pays où une majeure partie de la population lutte contre la faim et la pauvreté, peut-on aller investir une telle somme pour un évènement ? Pour la plupart des malgaches que j’ai pu rencontrer, beaucoup se demandent si finalement cet évènement aura pu avoir un réel impact positif pour la population.

Et ce n’est pas faux. Il m’a été difficile de me procurer des chiffres exacts à ce sujet, mais je ne suis pas tellement sûre que cet évènement ait su par exemple redonner un élan au tourisme local. Puisque tout se concentrait réellement autour du village francophone, spécialement érigé pour l’évènement.

Mais de mon humble avis, il est vrai que sur un plan économique, 7 milliards d’euros auraient bien pu servir à financer des infrastructures, des écoles, des systèmes de soins plus adaptés ou encore des programmes sociaux pour ceux qui en ont le plus besoin. Mais encore une fois tout le monde n’aurait pas été satisfait ou logé à la même enseigne.

Si l’on essaie de voir l’aspect positif de cet évènement, selon moi, c’est qu’il aura au moins permis dans un premier temps de faire sortir le pays de l’ombre et ainsi d’alerter sur l’urgence d’actions pour son développement.

C’est à se demander si c’est par rapport à sa situation géographique que cette île était tant oubliée. Madagascar, ce n’est pas uniquement le film d’animation connu de tous, ou encore de belles plages paradisiaques.

 

Une conférence et un forum sur les investisseurs et bailleurs de fonds organisée à Paris

Les 1ers et 2 Décembre 2016, se sont tenus simultanément à Paris, une grande conférence des investisseurs et bailleurs de fonds pour Madagascar et le Forum International des Investisseurs à Madagascar et en Afrique.

Tout juste une semaine après le sommet de la Francophonie qui a eu lieu dans la capitale malgache, des investisseurs et représentants de bailleurs de fonds sont venus présenter à la délégation malgache venue pour l’événement, des propositions et promesses de financements pour le pays.

CC: SNaguertiga
Séance sur le thème des investissements industriels, Siège Unesco Paris

Une conférence qualifiée « d’historique » selon le Président de la République malgache Hery Rajaonarimampianina, à la tête de cette délégation venue en masse.

C’est pour vous dire à quel point ces évènements sont un enjeu important.

Plusieurs grands bailleurs de fonds publics ou privés tels que la Banque Mondiale, La Banque Africaine de Développement, Proparco, la filiale de l’Agence Française de Développement et bien d’autres étaient présents pour nouer des partenariats et proposer des idées d’investissements afin de relancer le développement du pays.

Ce qu’il est important de souligner, je pense c’est le fait que ces initiatives viennent aussi de malgaches de la diaspora : ce qui montre cet intérêt fort et cette prise de conscience adoptée par la communauté malgache de l’étranger.

Quelques points essentiels ressortaient de la Conférence de Paris à laquelle j’ai pu assister :

  • le chiffre d’environ 6 milliards de promesses d’investissements annoncés à l’issue de ces 2 jours de conférences.
  • dont une grande majorité portant sur les infrastructures, l’énergie et l’agrobusiness
  • avec un objectif clé en vue qui était celui de la création de milliers d’emplois pour les malgaches et l’amélioration de leur qualité de vie
  • la jeunesse et l’éducation comme cible des négociations avec en vue d’éradiquer la pauvreté extrême subie par les enfants et les jeunes malgaches dans le pays (une présence remarquée du ministre de l’Education Malgache : Rabary Andrianiaina Paul)
CC: SNaguertiga
Délégations Malagasy: Conférence des investisseurs à Madagascar

Cette conférence qui fait suite au Sommet de la Francophonie sonne comme un message d’espoir pour le peuple malgache. Un véritable plaidoyer pour un pays qui, bien malheureusement comme la plupart des pays d’Afrique, fait face à une mauvaise gouvernance et une corruption galopante.

Mais est-ce réellement suffisant ? Je n’en suis pas si sûre.

Je reste convaincue qu’il nous sera difficile de savoir exactement si ces promesses et accords de dons auront su apporter une meilleure visibilité au pays. Mais en attendant, je pense que c’est déjà bien que la communauté internationale ait pu prendre conscience de l’extrême urgence à laquelle fait face ce pays tant mis à l’écart.

 

Les jeunes malgaches à l’assaut des médias pour véhiculer la réalité du pays :

Souvenez-vous je disais ci-dessus que les malgaches en dépit de tout, étaient un peuple fier de leur appartenance à cette nation. Et ce qui est selon moi encore plus fascinant, c’est de voir des jeunes malgaches qui s’engagent de plus en plus pour faire bouger les choses et faire parler aussi souvent que possible de la situation actuelle.

CC: Photographes officiels Sommet de la Francophonie 2016
Les Blogueurs francophones Mondoblog – RFI posent avec la Sécrétaire Générale de l’OIF: Michaëlle JEAN

Qu’ils soient entrepreneurs, experts des médias sociaux à l’instar de Thierry Ratsizehena, ou encore journalistes, photographes et blogueurs (une forte pensée pour mes confrères blogueurs que je ne peux malheureusement pas tous citer), ils participent activement à montrer l’image de la jeunesse malgache qui se soucie de son pays et qui agit.

En effet, j’avais été fascinée de voir à quel point les jeunes malgaches à travers les médias et réseaux sociaux pouvaient avoir un impact fort sur l’opinion et la vie locale.

Vivant à Madagascar où encore à l’étranger, ils osent défendre plus que jamais leur pays et porter haut la voix de millions de malgaches souvent oubliés.

Je peux notamment citer les belles initiatives de :

  • Haingo Razafimbelo, originaire de Madagascar qui a lancé « Mada Radio » en Île de France pour créer un véritable pont entre le pays et la diaspora vivant en France ou encore
  • Laurence Rakoto, une journaliste talentueuse, fondatrice de la radio Les muses de Paris et qui est plus que jamais engagée pour une meilleure éducation et formation des jeunes malgaches.

Et pour cela, j’ai trouvé que ces jeunes connectés avaient un fort impact sur la situation actuelle car ils participaient activement à mettre en avant leur pays.

 

« Le potentiel de développement malgache est conséquent et comme tous les autres pays d’Afrique, il reste bien souvent mis à l’écart. »

Sa population est littéralement livrée à elle-même et si un plan d’urgence l’impliquant n’est pas mis en place, j’ai bien peur que l’écart ne puisse que continuer à se creuser.

Il va sans dire que tous ces évènements organisés à la suite du Sommet à Antananarivo révèlent une stratégie évidente.

Investir à Madagascar ne pourra qu’être un véritable tremplin pour son développement ainsi que pour l’avenir de sa population. Surtout que le pays peut compter sur ses nombreuses ressources naturelles et sur sa jeunesse.

Mais même avec tout l’or du monde s’il n’y a aucune volonté, aucune bonne gouvernance et un réel investissement politique, rien ne pourra se faire dans la durée.

« Je suis une #Afroptimiste, non pas une #Afronaïve »

Je sais bien qu’il en faudra encore plus pour redynamiser ce pays. Qu’il ne faudra pas compter sur ces promesses d’investissements ou politiques pour faire pencher la balance du côté inverse. Cependant, je reste convaincue que seuls les malgaches pourront eux-mêmes changer le sort de leur pays.

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snaguertiga

snaguertiga

Jeune entrepreneure et blogueuse Franco-Tchadienne se définissant comme une "Afroptimiste" tout en ayant la tête bien fixée sur les épaules. Je fais partie de ces personnes qui croient en cette Afrique fascinante et aux nombreux talents cachés mais bel et bien présents. Je blogue tant par passion que par détermination, ce qui fait qu'il est très difficile de m'arrêter quand je me lance. J'espère, à travers ce blog vous avoir donné envie de prendre l'Afrique du bon côté.

6 réflexions sur “Quand l’Afrique attire (part 1) : Madagascar, l’île de la tentation ?

    1. Bonjour Guy, Comme indiqué dans mon article, je vous reconfirme qu’il s’agit d’environ 7 millions d’euros estimé pour l’organisation du Sommet de la Francophonie à Madagascar (source tirée d’un article du journal « Le Monde Afrique »)

  1. Conférence des bailleurs et des investisseurs!
    Toutes ces sommes restent des promesses. Tout de même 6 milliards de dollars de prêts, prions pour que cela ne tombe pas entre de mauvaises mains.

    Nos dirigeants sont-ils vraiment prêts à oeuvrer dans la bonne gouvernance, gage de ces investissements?? J’ai un peu de doute mais j’aimerais y croire

    1. Bonjour Rijaniaina, en effet c’est ce que je soulignais dans mon article. Il nous sera, je pense difficile je pense, de savoir exactement si les fonds promis et investis sauront être gérés à bon escient. Et comme dans la plupart des pays d’Afrique, malheureusement la corruption constitue un frein majeur au développement. Mais rien n’est impossible et nous devons tant bien que mal voir les choses du bon côté. Merci pour votre noble point de vue.

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