Les 7 enjeux d’une culture numérique forte au Tchad

Tout est parti d’un tweet dans lequel un confrère blogueur, Annadjib Ramadane, déclarait : « Au #Tchad, la culture numérique se résume aux réseaux sociaux. Ce qui implique qu’on a encore beaucoup de retard, et qu’il y a pleins d’opportunités inexplorées dans le domaine. #Adjib »

Ce tweet se transforme ensuite en un article dans lequel Annadjib se pose la question de savoir s’il existe une culture numérique au Tchad. Question qui pourrait très vite interpeller. Je vous invite à lire son article ici : Y a-t-il une culture numérique au Tchad ?

Je me suis donc inspiré donc de cet article pour y développer à mes yeux les enjeux d’une culture numérique forte au Tchad.

Le Tchad peine encore à entrer dans la révolution numérique, et ce même si l’on constate de nombreux efforts et actions de la part d’acteurs locaux.

Avec un peu moins de 3% de la population connectée (selon les derniers chiffres de l’Internet Live Stats) et des tarifs de connexion qui restent encore très onéreux (par rapport aux autres pays d’Afrique), le Tchad fait partie de ces pays africains aux terres d’opportunités très larges et pourtant qui peinent à asseoir une véritable culture numérique.

Cependant, on remarque de plus en plus d’intérêts pour les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Cet intérêt prôné par la plupart des jeunes tchadiens (entrepreneurs, étudiants….) n’est pas forcément accompagné par des actions concrètes des gouvernements locaux.

De plus, il est important de rappeler que la majorité de l’accès à la connexion internet se fait via le « téléphone mobile ». Et l’utilisation première chez les jeunes est entre autre celle de l’accès aux réseaux sociaux (en l’occurrence Facebook et Instagram qui sont les réseaux les plus prisés par les jeunes tchadiens). L’article d’Annadjib explique plus en détail ce volet.

Sans trop vouloir m’attarder sur ces aspects, je souhaite dans mon article mettre en lumière les enjeux non négligeables d’une culture numérique très forte au Tchad. Sensibiliser et former à la culture numérique au Tchad permettrait d’ouvrir un champ d’opportunité encore plus important, propice au développement du pays, à savoir :

  • L’éducation et la formation des jeunes tchadiens

Il va sans dire que la quatrième révolution est numérique. Et les pays d’Afrique (tels que par exemple le Rwanda, le Kenya ou encore l’Afrique du Sud) qui ont fait le pari de cette culture numérique ne le regrettent absolument pas.

L’éducation est la base de tout développement d’un pays et pour ce faire, le numérique révolutionne l’apprentissage des jeunes. De nouvelles méthodes d’apprentissage et de formations incluant le numérique permettront au Tchad de développer un intérêt pour les jeunes et surtout de les hisser au niveau des autres pays africains. Une nouvelle façon d’enseigner et de former doit s’imposer pour répondre aux exigences du monde du travail, qui lui ne cesse d’évoluer.

  • Le numérique et l’entreprise : le couple gagnant

Ce point découle parfaitement du point précédent. Aujourd’hui le marché du travail ne cesse d’évoluer et apporte avec lui tout son lot d’exigences. Que ce soit dans les fonctions techniques, administratives, ou commerciales par exemple, le numérique transforme l’entreprise et son approche client. Les entreprises locales, para-étatiques ou encore internationales doivent être en mesure de s’adapter à ces nouveaux besoins au risque de ne pas pouvoir répondre aux marchés actuels.

  • Permettre aux entrepreneurs locaux d’être à l’écoute du marché et de l’actualité économique et sociale

L’une des grandes difficultés pour tout jeune qui aspire à se lancer dans l’entrepreneuriat au Tchad reste la question de l’accès à la connexion. Aujourd’hui, il va sans dire que quasiment tout se passe sur le web. Que ce soit des annonces de formations, de concours, d’emplois, de missions, d’appels à projets… Il est plus que jamais important d’être constamment en veille. Et de nombreux jeunes passent à côté de belles opportunités décisives pour leurs carrières ou projets. Et par effet domino, c’est une grande perte pour le pays puisque mine de rien ces jeunes s’efforcent à créer de la valeur dans le pays, et sans une facilitation dans ce domaine, il sera d’autant plus difficile que les marchés internationaux s’y intéressent.

  • Sensibiliser davantage les filles et femmes à l’entrepreneuriat numérique

Les Technologies de l’information et de communication (TICs) sont un facteur important d’autonomisation des femmes sur le continent africain. Et très honnêtement, être une femme dans le secteur des TICs représente un véritable atout car il y a un intérêt mondial majeur en ce sens.

Les tchadiennes sont de plus en plus à l’écoute de ce secteur et saisissent l’importance d’être sensibles à la culture numérique. Mais le soutien public est là encore très peu présent. On peut saluer les initiatives qui naissent pour encourager les jeunes tchadiennes à s’intéresser à ce secteur très prometteur. De vastes programmes de sensibilisation, de formation ou encore d’accompagnement dans ces domaines doivent très rapidement s’intensifier pour espérer créer de la valeur.

  • Promouvoir la culture du pays à l’international et ainsi attirer davantage d’ondes positives

Un des aspects qui défavorise le Tchad reste l’image qu’en ont les autres du pays. Aujourd’hui, si vous essayez de la veille sur le Tchad en ligne, vous serez très rapidement déçus par le manque de contenus positifs. Et pourtant ce ne sont pas les belles initiatives qui manquent localement.

Malheureusement, de nombreux médias s’efforcent à véhiculer (parfois à tort) une image parsemée de clichés qui ne représentent pas dignement le Tchad. Et pour ce faire, la culture est un excellent levier de promotion positive du continent. Le numérique devrait être associé à ce secteur florissant et qui regorge de nombreux talents.

  • Résoudre de nombreux problèmes qui stagnent

L’entrepreneuriat est un excellent levier de développement au Tchad. Le besoin de créer des emplois se fait sentir, car la fonction publique est la voie la plus prisée par les tchadiens qui désirent démarrer une carrière professionnelle.

Que ce soit dans les domaines de la santé, de l’agriculture, des transports, des télécommunications ou encore du commerce, de nombreuses solutions naissent avec l’avènement du numérique. Et impulser une culture numérique au Tchad permettrait de voir éclore davantage de solutions majeures qui résoudraient des problèmes latents dans ces domaines.

  • Construire une culture numérique citoyenne

Parmi les principaux freins au décollage de la culture numérique en Afrique, on retrouve la peur des dirigeants politiques. Beaucoup de dirigeants politiques voient l’accès facile au numérique pour la population comme une menace, surtout chez les jeunes, alors qu’ils devraient voir tous les autres aspects déjà cités. Aujourd’hui, on voit de plus en plus éclore une communauté de cyber-activistes ou encore de jeunes entrepreneurs sociaux qui se positionnent comme des acteurs à part entière du changement.

Ils insufflent de nouvelles idées, de nouveaux moyens et de nouvelles solutions pour le bien-être social et citoyen. On ne va pas se cacher les choses : nos dirigeants politiques sont très souvent à bout d’idées nouvelles et peinent parfois à se mettre à la une de ce qui se passe. Il est donc plus que jamais important qu’ils puissent s’intéresser aux solutions nouvelles que ces jeunes apportent pour espérer un progrès efficace.

Je prends l’exemple ici du Concours de la voix des jeunes qui mérite d’être promu et développé au fil des années. Ce concours a su vraiment faire prendre conscience à de nombreux jeunes tchadiens qu’ils étaient chacun une solution à part entière pour le pays, sans compter les nombreuses valeurs qu’il prône.

La culture numérique ne se fera pas d’un claquement de doigts au Tchad, mais plutôt progressivement. Et pour cela, les dirigeants doivent d’ores et déjà voir le verre à moitié plein et s’engager pour faciliter l’accès au numérique. Ils auraient beaucoup à gagner, croyez-moi.

En parallèle, on devrait soutenir davantage toutes les organisations et tous les acteurs qui font un excellent travail de terrain à ce jour, à savoir : WenakLabs (une association qui lutte contre la fracture numérique au Tchad), l’ADESIT (une association qui s’engage pour le développement des TICs au Tchad) et bien d’autres encore qui prônent le numérique dans l’intérêt du développement socio-économique du Tchad.

Je reste convaincue qu’on tendra vers des résultats positifs en ce sens à condition de ne pas ménager nos efforts et si nos dirigeants prennent enfin le taureau par les cornes.

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snaguertiga

snaguertiga

Jeune entrepreneure et blogueuse Franco-Tchadienne se définissant comme une "Afroptimiste" tout en ayant la tête bien fixée sur les épaules. Je fais partie de ces personnes qui croient en cette Afrique fascinante et aux nombreux talents cachés mais bel et bien présents. Je blogue tant par passion que par détermination, ce qui fait qu'il est très difficile de m'arrêter quand je me lance. J'espère, à travers ce blog vous avoir donné envie de prendre l'Afrique du bon côté.

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