Tchad : voyage d’une Afroptimiste au pays des 16 mesures

Je reviens d’un voyage d’une quinzaine de jours au Tchad, plus précisément à N’Djamena, la capitale, où j’ai pu allier mes activités professionnelles et personnelles. A travers ce nouveau billet j’ai choisi de relater mon aventure pour le moins « épique ».

Rond point Mère et Enfant (photo prise la nuit) CC: Annadjib R.

Un séjour pas comme les autres :

Avant mon départ, psychose sur la ville. Je m’explique.

Bon nombre d’amis et de proches me déconseillaient fortement de me rendre au Tchad compte tenu des tensions qui ont secoué le pays. Tensions notamment liées au contexte socio-économique actuel : mesures d’austérité, arriérés de paiement des fonctionnaires, menace d’une année blanche dans les écoles, grèves et grognes sociales.

Mais cela sonnait comme un air de déjà-vu. Je fais notamment référence à la période électorale de la présidentielle qui avait eu lieu durant le printemps 2016 et où il était formellement déconseillé de se rendre au Tchad car planait sur le pays, une menace d’instabilité politique. Mais encore une fois, mon voyage aura valu le coup.

Vendeuses au marché (N’Djamena) CC: Annadjib R.

Un contexte social et économique très tendu :  

Pour vous relater un peu ma compréhension du problème actuel qui secoue le Tchad : le pays est plongé dans une récession économique qui l’a frappé de plein fouet, et comme à l’habitude, ce sont les catégories les plus vulnérables qui en paient le prix fort.

Et selon moi, cette situation débouche sur un autre facteur qui est celui du manque d’évolution des mentalités et du mode de vie dans le pays. J’ai remarqué qu’au Tchad, anticiper et prévoir l’avenir n’est pas dans les habitudes de la population. Beaucoup de personnes vivent au jour le jour sans pour autant préparer l’avenir ou anticiper les risques. Ils préfèrent « s’en remettre entièrement à Dieu » et accepter tout ce qui se passe. Ce qui fait que la moindre difficulté peut très rapidement être fatale pour beaucoup de Tchadiens.

Si l’on compare par exemple avec l’occident où l’on prévoit le risque et l’on paye pour quelque chose qui pourrait ne pas nous arriver, au Tchad cela serait complètement insensé. Je dirais même que si vous allez dire cela au Tchadien lambda là-bas, vous serez confronté à deux possibilités : dans le meilleur des cas, il vous rira au nez car il vous prendra pour un fou ou sinon vous recevrez un bon coup de massue sur la tête en vous faisant taxer de personne de mauvaise moralité.

De ce que j’ai pu constater, ce sont les fonctionnaires qui font réellement vivre le pays car c’est la classe moyenne et/ou supérieure qui consomme le plus. Et lorsque ceux-ci se retrouvent confrontés à des arriérés ou non paiement de salaires, le pouvoir d’achat et la consommation en sont fortement impactés. Je ne suis absolument pas une experte en économie ou encore en politique mais la chute du pétrole a eu un effet boule de neige : hausse des tarifs, licenciements de personnels dans les sociétés pétrolières, manque de provisions pour assurer les salaires, suppression des bourses aux étudiants (d’un montant de 30.000FCFA), recrutement des fonctionnaires limité… Ce qui aura plongé progressivement le pays dans une récession économique sans lendemain.

Je choisis volontairement de ne pas évoquer ici l’aspect politique car je ne suis absolument pas douée dans ce domaine mais tout simplement parce que cela ne m’intéresse pas.

Crâne de Toumaï (primate découvert au Tchad) exposé au Musée National CC: Annadjib R.

Les 16 mesures, véritable crédo au Tchad:

La situation du Tchad actuellement aura su trouver un véritable crédo.

En vue des difficultés économique et sociale, le Gouvernement aurait annoncé 16 mesures drastiques qui ont plongé le pays dans une crise économique. Mais certains Tchadiens n’ont en rien perdu leur joie de vivre et leur humour.

A la moindre occasion qui se présentait, j’entendais ça et là ressortir la célèbre phrase : « ce sont les 16 mesures… ». Croyez-moi je n’ai jamais autant ri étant là-bas car j’ai pu voir que finalement beaucoup se forçaient à prendre cela avec le sourire dans l’espoir d’un lendemain meilleur.

Un pays où la connexion internet coûte plus cher que le téléphone :

Lorsque vous quittez le confort de la connexion internet en France disponible 24h/24 et 7j/7 à un tarif très avantageux pour aller dans un pays comme le Tchad où vous vous devez de gérer à la seconde prêt vos mégabits, je peux vous dire que cela en devient très vite frustrant.

Je me disais à un moment donné que je n’y arriverais pas. Pour vous faire un peu le topo : au Tchad, ce sont principalement deux opérateurs téléphoniques qui se partagent le marché : Airtel Chad et Tigo.

J’ai toujours eu l’habitude quand j’allais au Tchad de souscrire à un numéro Airtel (je trouvais que c’était l’opérateur pour lequel il était très facile de trouver des points de recharge à tout endroit et presque à toute heure.

Cependant, il faut littéralement un cours de mise à niveau intensif pour en comprendre toutes les fonctionnalités. Je me rendis dans une boutique pour souscrire un abonnement Airtel Money (la banque mobile) et le gérant de la boutique m’a expliqué que pour un montant de 10.000 FCFA (soit 15,20EUR), j’aurai une connexion de 1GB qui pourrait durer 1 mois avec une bonne gestion. Et bien malgré une gestion très minutieuse, cela n’aura même pas duré plus de 4 jours.

Il se pose un réel problème de transparence dans l’accès à internet au Tchad. Les opérateurs mobiles semblent faire ce qu’ils veulent et cela finit par être très vite agaçant. En 15 jours de séjour là-bas, je n’ose même plus penser au montant colossal que j’ai investi dans la connexion internet et les unités d’appels. Je préfère vous épargner la qualité de la relation client.

Façade de la Maison de la culture Baba Moustapha (N’Djamena) CC: Office Tourisme Tchad (OTT)

Tchad, oasis du sahel d’opportunité

Comme disait le Dalai Lama : « Parfois, ne pas obtenir ce qu’on désire est un merveilleux coup de chance »

J’ai eu la chance d’aller sur le terrain et de me faire ma propre opinion. J’ai également pu rencontrer des personnes issues de milieux différents et ainsi recueillir au plus près les avis et discours à ce sujet.

Ce qui m’a bien souvent frappé, c’est que j’étais confrontée à deux cas de figures : ceux qui n’avaient de cesse de se plaindre et les autres qui étaient à la recherche de solutions pour continuer à aller de l’avant. Et ce sont ces personnes en quête d’espoir et de solutions qui m’ont redonné le sourire aux lèvres.

Certains jeunes l’ont compris… ce n’est pas en se lamentant sur son sort ou en accusant l’autre que les choses changeront. Mais plutôt en décidant de se prendre en main et de changer soi-même sa perception des choses.

Pour cela, l’entrepreneuriat ou encore la prise d’initiative est devenu un levier majeur au Tchad.

La plupart des jeunes Tchadiens, une fois les études terminées n’aspirent qu’à une seule chose en priorité : intégrer la fonction publique car ils voient en cela, une stabilité  financière. Beaucoup ne veulent pas prendre de risque et se disent ainsi qu’ils pourront avoir au moins chaque mois un salaire qui passera.

Et pourtant… La réalité les a très vite rattrapé : les fonctionnaires font bien souvent face à des arriérés de salaire faute d’argent dans les caisses et se doivent bien souvent de trouver des plans B. L’avenir se planifie et se construit bien avant, pour justement être prêt à faire face à tous ces maux.

La culture de l’épargne, de la prévoyance ou encore de la prise d’initiative est certes encore lente à se mettre en place mais pas du tout impossible.

Statue de Kelou Bital Diguél dans la cour du Musée National du Tchad (N’Djamena) CC: L’Office Tchadien du Tourisme (OTT)

Sensibiliser à l’entrepreneuriat, solution adéquate ? 

Un des aspects positif de mon voyage aura été de rencontrer de belles personnes qui ne baissent pas les bras et qui travaillent sans cesse.

Je parle entre autre de Wenaklabs, l’association fondée par de jeunes Tchadiens très actifs dans les domaines des TICs et du numérique. Une association avec qui je me suis mise en partenariat tant pour le projet de la plateforme numérique Entreprendrelafrique lancée à N’Djamena en Janvier 2017 que pour le projet d’incubateur média qu’on espère mettre en place. D’ailleurs cela m’aura permis de revoir quelques collègues Mondoblogueurs dont Salim, Annadjib, AbdallahMahamat

J’avais également eu la chance de passer à l’antenne lors de l’émission de l’Atelier des Médias pour promouvoir mon projet d’incubateur (au sein même des locaux de l’association). Emission que vous pourrez réécouter ici : RFI: Ce que 2017 nous réserve en matière d’innovation médias

Ces jeunes sont conscients des réalités subies par bon nombre de personnes sur place mais ne perdent en rien leur détermination : bien au contraire. Ils continuent de croire en un Tchad Meilleur qui se reconstruira grâce à des jeunes qui osent faire bouger les choses.

J’ai aussi à l’esprit ma rencontre avec le directeur de la Maison de la Petite Entreprise et le responsable de l’AFD qui travaillent conjointement sur les projets orientés entrepreneuriat, accompagnement et financement des porteurs de projets. Je les avais déjà rencontré en France et les revoir au Tchad dans leurs lieux d’actions aura su déboucher sur des opportunités et des idées intéressantes.

Cette récente structure œuvre pour un entrepreneuriat local et promeut auprès des jeunes Tchadiens l’esprit d’initiatives pour montrer que d’autres portes de sorties sont possibles.

Après la sensibilisation, l’accompagnement et la formation, ils se focalisent désormais sur l’aspect recherche de financements pour les jeunes qui sont incubés chez eux.

Place de la Nation (prise le jour) CC: Annadjib R.

N’Djamena, ma capitale :

Qu’importe ce qui se passe ou ce que les gens peuvent dire, j’aime le Tchad et j’aime N’Djamena. Avec ses rues animées à la tombée de la nuit, le bruit des klaxons aux heures de pointe à n’en point finir, les marchés toujours aussi bruyants et noirs de monde, le temps de midi où l’on déjeune tous ensemble, dans le même plateau… la boule de maïs, de riz ou encore le délicieux kissar (galette de riz) accompagnés d’une succulente sauce de gombo, de mloukhiya ou encore de tomate.

Plat de boule de mil accompagné de 2 sauces gombos CC: La cuisine moderne Tchadienne

 

Plat de Kissar (galette de riz) accompagné d’une sauce mloukhiya CC: La cuisine moderne Tchadienne

Et même si j’ai plusieurs fois risqué de me faire agresser ou arracher mon appareil photo en prenant quelques clichés de la ville, j’aime N’Djamena et j’y retournerai sans hésiter.

Je choisis donc de conclure mon billet avec un hymne à l’amour. L’amour de ma capitale, sur un air de musique de Feu Maître Gazonga (de son vrai nom : Ahmat Saleh Rougalta), un des chanteurs tchadiens les plus connus.

Je t’aime N’Djamena!

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snaguertiga

snaguertiga

Jeune entrepreneure et blogueuse Franco-Tchadienne se définissant comme une "Afroptimiste" tout en ayant la tête bien fixée sur les épaules. Je fais partie de ces personnes qui croient en cette Afrique fascinante et aux nombreux talents cachés mais bel et bien présents. Je blogue tant par passion que par détermination, ce qui fait qu'il est très difficile de m'arrêter quand je me lance. J'espère, à travers ce blog vous avoir donné envie de prendre l'Afrique du bon côté.

10 réponses sur “Tchad : voyage d’une Afroptimiste au pays des 16 mesures”

  1. J’apprécie le compte rendu. Aussi, il fini sur une note d’espoir. plutôt bien. Merci d’être venue partager ces réalités un temps soit peu avec nous.

    1. Merci beaucoup Preston, ces mots sont encourageants et oui, comme on le dit si bien: « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ». Bien à toi,

  2. Tout le plaisir est pour nous de te lire.
    On a l’impression d’avoir fait le voyage avec toi.Ndjamena est inoubliable mais helas ,l’espoir de se chercher ailleurs l’aventure nous a eloigne’ .
    Fraternellement. …

    1. Bonjour Ali,
      Super, merci beaucoup pour avoir pris le temps de lire et de « revoyager » avec moi à travers ces quelques lignes. Tu as raison, N’Djamena est une ville magnifique quoi que l’on puisse dire: elle cache en elle de superbes souvenirs et nous demeurons positifs.
      Amicalement 🙂

  3. Bonjour ma chère,
    Je vous félicite et encourage de multiplier votre voyage au Tchad et non seulement à Ndjaména ma dans les provinces selon votre capacité/vision.

    sincère remerciement

    1. Cher Guiradoum,
      Merci beaucoup pour ces mots d’encouragements et pour cette gentille attention. Le Tchad est en effet un beau pays qui ne se limite pas uniquement à la capitale. Mais chaque chose en son temps, le RDV est pris et je me ferai un plaisir de découvrir les autres belles régions de ce pays.
      Au plaisir 🙂

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