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Au Tchad, Unicef et Wenaklabs luttent contre la fracture numérique auprès des jeunes

60% des jeunes n’ont pas accès à internet en Afrique contre seulement 4% en Europe, selon le dernier rapport annuel 2017 d’Unicef.

Un chiffre alarmant alors même que l’on vante un peu partout l’intérêt d’une révolution numérique pour le développement du continent africain.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, regardez ces vidéos :

Celle réalisée par Lola Dubini. La youtubeuse française à succès, star montante du web et invitée par Unicef France lors d’une mission au Tchad, a réalisé une vidéo qui montre les conséquences de la fracture numérique chez les jeunes au Tchad. Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à la voir très rapidement. Elle montre à la fois les réalités vécues par les jeunes Tchadiens (et plus particulièrement ceux qui vivent dans le camp des réfugiés de Gaoui) et la jeunesse à la capitale. Ce que j’aime dans cette vidéo, c’est le fait qu’elle fasse remonter les réalités vécues par la jeunesse et la population localement sans clichés.

Et la seconde vidéo qui est celle de France 24 – Mashable qui montre les exploits réalisés par des jeunes Tchadiens issus d’un collectif: « Wenaklabs » que je présenterai plus en détail ci-dessous:

https://www.youtube.com/watch?v=YqKJdUC3lyg

La fracture numérique, Kesaco?

La fracture numérique désigne le plus souvent l’inégalité dans l’usage et l’accès aux technologies de l’information et de la communication (couramment appelés TICs): téléphones portables, ordinateur, internet….

Le manque d’infrastructures adaptées, l’inégale répartition des moyens d’informations et de communications, le coût élevé de l’accès à internet, le manque de formations adaptées et de contenus locaux sont des facteurs qui participent à cette fracture numérique. Il est important de voir qu’elle recoupe une fracture socio-économique qui, elle aussi, est très forte.

A l’heure où l’économie numérique est présentée comme un véritable atout pour de nombreux pays africains, certains peinent à rattraper un retard considérable dans ce domaine.

 

Le fossé numérique risque d’isoler certains peuples, ceux d’Afrique en particulier. Abdoulaye WADE, ex-président du Sénégal

Trois niveaux d’inégalités à distinguer

On distingue trois niveaux d’inégalités qui concernent l’accès aux nouvelles technologies à savoir dans:

  • l’accès à un mobile, un ordinateur, Internet
  • l’accès aux compétences, à la maîtrise et à des outils numériques
  • l’accès aux informations

 

Le cas spécifique du Tchad: 

Le Tchad, pays d’Afrique centrale, peine encore à lutter efficacement contre la fracture numérique, alors même que les TICs sont associés au processus de développement de nombreux pays. Bon nombres d’entrepreneurs et d’initiatives placent les TICs au coeur de leurs actions, et ce, dans plusieurs domaines (agriculture, santé, transport, commerce, services…)

Accéder à un internet de qualité est non seulement un luxe mais bien souvent très compliquée au Tchad.

Deux principaux opérateurs, Airtel et Tigo, se partagent le marché et proposent bien souvent des tarifs beaucoup trop élevés et sans traçabilité claire sur leur fonctionnement. Retrouvez ci-dessous quelques captures d’écran que j’avais faites lors d’un de mes récents voyages au Tchad. Sur ces images, on peut voir les tarifs proposés pour la souscription à un forfait internet (pour information 1EUR = 655 FCFA).

UNICEF au Tchad, qui oeuvre auprès des enfants a choisi de faire de cette fracture numérique, un de ses combats

 

CC: Africa Media

Pour en savoir plus: Internet, une autre opportunité dont les enfants du Tchad sont privés

À un niveau plus local, plusieurs associations luttent en fonction de leur moyen contre la fracture numérique. Ceux-ci permettent à une population défavorisée et plus jeune de bénéficier de compétences sur l’utilisation des outils informatiques et le réseau Internet…comme c’est justement le cas de Wenaklabs.

 

Wenaklabs, un collectif de jeunes Tchadiens qui font la promotion des TICs au Tchad

WenakLabs est le nom d’une communauté de jeunes passionnés de nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il est formé de l’association de 2 mots:

« Wenak » qui veut dire « Où es-tu? » en arabe Tchadien, et « Labs » qui est un diminutif de laboratoires.

Ces jeunes, très engagés pour la lutte contre la fracture numérique, n’ont de cesse de faire appel à leur créativité et leur passion pour les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Au fil du temps, Wenaklabs s’est inscrit dans le paysage entrepreneurial et numérique Tchadien comme l’un des acteurs les plus importants, pour ne pas dire le seul acteur, en matière d’entrepreneuriat numérique.

Ils doivent entre autre l’un de leur succès au « Jerry computer », un ordinateur fabriqué à partir des matériels informatiques usagés. Ils sont assemblés et montés dans un bidon (jerrycan) de 20 litres.

Pour plus d’informations je vous invite à lire cet article de la voix des jeunes.

Mais comment combler le fossé numérique?

Lutter contre la fracture numérique, notamment eu Tchad, ne passe pas seulement par un accès plus favorable à Internet. Bien d’autres facteurs entrent en jeun à savoir:

Mettre la technologie à la portée de tous: des ordinateurs, téléphones mobiles accessibles, satellites…. en effectuant notamment une politique tarifaire intéressante tout en encourageant l’innovation locale (exemple des téléphones Mobiles Made in Africa qui voient le jour)

Démocratiser l’accès à l’information qui n’est autre qu’un droit fondamental. Censurer l’accès à internet et aux moyens d’informations et de communications (comme c’est souvent le cas dans des pays d’Afrique) n’est en aucun cas un acte favorable pour les pays

Soutenir l’accès aux TICs aux travers de politiques publiques (faire jouer la concurrence aux niveaux des opérateurs de téléphonie mobiles et ainsi faire baisser les coûts, inclure le numérique dans les enseignements allant du primaire jusqu’au supérieur, encourager l’entrepreneuriat innovant…) pour le développement.


De jeunes talents de l’équipe nationale de basket-Ball font rebondir le Tchad

Durant quelques jours, j’ai été agréablement surprise de découvrir, aux travers de l’actualité sur les réseaux sociaux, les exploits de l’équipe nationale tchadienne de basket-Ball. 

Ce sont onze joueurs passionnés accompagnés de leurs entraîneurs, qui ont fait vibrer le sport Tchadien sur la toile. Ronaldnato, Issa, Placide, Edmond, Michael, Bienvenue, Alain, Doungous, Olivier, Francis, Roland et leurs deux entraineurs, sont les nouveaux héros de cette discipline.

Le Tchad, un pays victime d’une mauvaise réputation médiatique: 

A chaque fois que l’on a parlé du Tchad, c’était toujours sur des sujets orientés: « guerres » ou encore « scandales ». Après le scandale de l’arche de Zoé, du Darfour ou encore de la lutte contre Boko Haram, les médias ont eu tendance à parler de ce pays uniquement sous ce genre de facettes.

Au point même que ceux qui ne le connaissent pas, le catégorisent déjà comme un pays à éviter de toute urgence, alors même qu’il foisonne de talents et d’opportunités incroyables.

En dehors des actions en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes qui portent leurs fruits, il y aussi le volet sportif.

Il n’y a pas que le football comme grenier à talents

Je connais beaucoup de personnes qui, à plusieurs reprises, nous ont reproché le fait que le football au Tchad ne rayonne pas sur la scène internationale. J’ai envie de leur répondre ceci:

« Le football n’est pas le seul sport dans les disciplines mondiales ».

Le Tchad est un pays  où de nombreuses personnes se sont illustrées dans des sports autres que le football. Ces légendes, aujourd’hui pour la plupart non valorisées, ont pourtant su redorer l’image du pays durant un temps, et ce, dans plusieurs disciplines différentes, à savoir: le handball, l’athlétisme, la lutte traditionnelle ou encore le basket-ball, pour ne citer qu’eux.

Tout comme dans le domaine culturel, je trouve cela vraiment dommage que ces héros sportifs ne soient pas reconnus et honorés pour leurs actions.

Dans un prochain article, je reviendrai justement sur ces légendes sportives Tchadiennes.

Le sport, comme vecteur de paix, de cohésion sociale et de développement

Le sport est un véritable facteur de paix et de cohésion sociale puisqu’il permet de renforcer les liens entre différentes communautés. Surtout dans le cas de nombreux pays d’Afrique où les ethnies sont diverses au sein d’une même nation. Le sport tend à les rassembler autour d’un même but et d’une même vision: en d’autres mots il est fédérateur.

Le fair-play prôné par le sport permet de combattre la non-violence et de mettre en avant les symboles d’unité, de patriotisme et d’échange interculturel. Et dès lors que le sport est enseigné et valorisé dès le plus jeune âge, il permet de mettre en avant ces valeurs.

Une équipe nationale tchadienne de basket-ball qui brille et qui rassemble

Une campagne numérique réussie

L’équipe nationale tchadienne de basket-ball joue les qualifications pour la coupe du monde qui se tiendra en Chine en 2019, et j’ai été très contente de voir ces jeunes « réunir » et rendre fière toute une nation à travers de nombreux messages de soutien sur les réseaux sociaux.

C’est une véritable innovation et je reste persuadée qu’en continuant ainsi, la vague patriotique Bleu-Jaune-Rouge continuera de pousser cette équipe jusqu’au bout.

 

 Des jeunes qui jouent pour l’amour du sport et de la nation

S’il y a bien une chose qui est dommage au Tchad, c’est bel et bien le manque de soutien de la part des politiques publiques dans ces domaines. En effet, le sport est un véritable facteur tant de paix et de développement pour un pays.

Au delà de l’aspect d’unité, il permet également de promouvoir positivement un pays. Nous sommes dans une ère où la guerre médiatique est présente et la communication est capitale, et de surcroît avec l’avènement du numérique.

Il est bien dommage que ces jeunes qui s’engagent par amour du sport et de leur pays manquent d’un appui à tous les niveaux de la part des institutions en charge (financiers, communication…)

 Un sentiment unitaire au-delà des frontières

Comme indiqué ci-dessus, la vague de soutien de cette équipe déterminée aura su pousser les portes du continent et atteindre la diaspora. Ils auront été nombreux à les soutenir et à croire en eux jusqu’au bout. C’est aussi cela la force du numérique et de l’amour que l’on porte pour un pays.

CC: Page officielle Facebook de l’Equipe Nationale Tchadienne de Basket-Ball

Les basketteurs  tchadiens auront RDV dès l’année prochaine pour d’autres match en vue de leur qualifications pour le mondial 2019.

Nous sommes de cœur avec eux et espérons qu’à travers cet élan de patriotisme et de passion sportive, nous pourrons enfin voir rayonner le sport Tchadien avec ses nombreux talents qui ne demandent qu’à être soutenus.

CC: Page Officielle « Basketball World Cup China 2019 »


Le mythe de l’eldorado européen cache la réalité du paradis africain

Une vidéo envoyée à la chaîne de télévision américaine CNN sur la maltraitance des migrants africains vendus aux enchères sur des marchés aux esclaves en Libye a mis le feu aux poudres.

Après avoir visionné ces horribles images, deux journalistes de la chaîne américaine CNN, ont décidé de se rendre en Libye pour enquêter munis de caméras cachées. Ils y ont découvert des marchés où des Noirs étaient vendus comme celui dont les images leur ont été envoyées.

Pour en savoir plus: Libye, des marchés aux esclaves 

Leur enquête a aussitôt déclenché une énorme vague de révolte et suscité une vaste campagne de soutien en faveur de ces jeunes, originaires d’Afrique noire pour la plupart, qui subissent des traitements inhumains.

Personnalités du monde des médias, du sport, de la politique ou simples citoyens ont tenu à exprimer leur mécontentement notamment sur le web. Des marches de soutien ont également été organisées, notamment devant l’ambassade de Libye à Paris.

L’esclavage moderne, un phénomène bien connu de la communauté internationale, et pourtant passé sous silence pendant longtemps

Faut-il le rappeler, ce phénomène n’est pas d’hier. Il existait déjà bien avant, et rien n’était fait. Nous sommes dans un monde où tout fonctionne par intérêt propre. On agit par intérêt propre et on se plaît à jouer les sourds-muets sur certaines conditions. A qui la faute, me direz-vous? Difficile d’accuser à tort, car la responsabilité est bel et bien partagée. Mais je dirais que les médias et la consommation de masse tendent à accentuer ce phénomène.

Que ce soit en Mauritanie ou en Afrique du Nord (pour ne citer qu’eux), des personnes sont torturées, maltraitées et réduites en esclavage à cause de leur couleur de peau.

Aujourd’hui dans le monde, l’Organisation internationale du travail estime à plus de 40 millions le nombre de personnes victimes d’esclavage.

CC: Pixabay

Mais pourquoi ces jeunes continuent-ils à risquer leurs vies?

La majorité d’entre eux croient encore à l’eldorado européen. Un eldorado qui, pourtant, n’existe pas. Il s’agit plutôt d’un mirage entretenu par les médias et alimenté par les vendeurs de rêve. L’ Afrique est le théâtre de nombreuses crises politiques, sociales et économiques, qui déstabilisent son développement. Les candidats sont donc nombreux parmi les jeunes pour intégrer les sectes et autres groupuscules radicaux (boko haram par exemple) ou pour tenter de rejoindre l’Europe.

Ces jeunes sont vus comme une bombe à retardement alors même qu’ils devraient être perçus comme des solutions aux problèmes que le continent doit résoudre. Déboussolés, en manque de repères, souvent livrés à eux-mêmes, ils tentent l’aventure dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie. Ils bravent alors le danger, parcourent des kilomètres dans le désert et s’engagent dans des traversées périlleuses de la Méditerranée pour espérer gagner l’Europe à tout prix. Souvent au péril de leurs vies.

Une population jeune qui débarque sur un marché du travail peu créateur d’emplois

L’Afrique subsaharienne est confrontée à plusieurs défis majeurs tels que l’éducation, la formation et les opportunités économiques, pour citer les plus importants.

Il est urgent pour ces pays de réformer l’éducation et la formation professionnelle pour créer des emplois adaptés aux réalités du marché. Mais pour y parvenir, la mise en place d’une vraie politique de l’emploi, intégrant  pour les jeunes une formation professionnelle en lien avec les entreprises, constituerait une solution efficace. On doit cesser d’organiser des conférences et de produire des rapports pour faire entrer les faits dans la réalité.

Prenons le cas des formations en alternance

La formation en alternance est une excellente passerelle vers l’emploi. Elle l’a prouvé dans plusieurs pays d’Europe, tels que l’Allemagne ou la France.

Le jeune peut à la fois financer ses études, apprendre son métier et découvrir le monde de l’emploi tout en acquérant une expérience concrète recherchée par les employeurs. Mais pour arriver à cela, une politique qui implique réellement les entreprises s’impose. Ce partenariat entre entreprises, organismes professionnels et/ou Etat conduira vers un résultat gagnant.

CC: Pixabay

« Selon l’Organisation Internationale du Travail, l’Afrique compte un peu plus de 38 millions de chômeurs âgés entre 18 et 24 ans, soit 40% de la population Active du continent. On la traite meme de «génération perdue, menaçant la cohésion sociale». La preuve en est que selon une étude de la banque mondiale, 40% des jeunes Africains qui rejoignent les mouvements rebelles ou terroristes sont motivés par le manque d’emploi. »

L’entrepreneuriat, une solution efficace?

Selon des chiffres tirés de l’OIF, le secteur informel est très dynamique dans l’économie des pays d’Afrique subsaharienne. Il représente 60% des produits intérieurs bruts et entre 60% et 90% des emplois.

C’est d’ailleurs dans ce contexte, que le Lab Innovation de la Société Générale organise à Abidjan du 14 au 17 Décembre 2017, un hackathon et un Bootcamp pour aider à trouver des solutions dans ce domaine. Plus d’informations et inscriptions ICI.

L’entrepreneuriat ne concerne pas seulement le travail tertiaire.  Plusieurs secteurs d’activités peuvent être sources d’emplois. C’est par exemple le cas du secteur agricole. Le continent africain ne manque pas d’opportunités dans ce domaine. Sans compter l’artisanat qui est un véritable grenier à talents.

Mais une fois de plus, pour mener à bien ces solutions proposées, une véritable implication des pouvoirs publics est nécessaire. Un cadre légal et une implication politique permettraient de résoudre un bon nombre de freins rencontrés.

Un paradis africain possible

L’eldorado européen est un mirage: il n’existe pas. On peut débattre sans fin sur le bon et le de chaque continent,  mais ce n’est pas un hasard si tout le monde s’accorde à dire que le continent africain est le continent de demain.

Les entreprises, les investisseurs européens, asiatiques ou américains l’ont bien compris: tous se précipitent pour y investir. Et, dans le même temps, les jeunes ne rêvent que de le fuir! Parce que ces investissements ne leur profitent pas. Il n’y a ni collaboration ni partenariat. Il est facile de dresser la liste des problèmes que rencontrent les jeunes qui désirent entreprendre localement:

  • des taxes importantes
  • des barrières à l’entrée pour entreprendre
  • un cadre légal et facilité « quasi » inexistant
  • un manque de soutien et d’accompagnement
  • un accès à une connexion internet très limité
  • une inégalité dans l’attribution des marchés
  • l’obtention du marché aux profits des investisseurs étrangers qui n’hésitent pas à « exploiter » la main d’oeuvre locale sans penser à les former sur place
  • un manque de formation adapté aux réalités du marché….

Tous ces maux viennent compromettre les chances pour les pays africains de rayonner socialement et économiquement. Ce ne sont pas les opportunités qui manquent, mais plutôt le manque de volonté politique.

Le Rwanda est un excellent exemple d’émergence et de développement politique, car il y a une véritable volonté politique.

 J’aborderai dans un prochain article les différentes opportunités de business qui peuvent être exploitées dans les pays d’Afrique Subsaharienne avec l’exemple du Tchad.

Les jeunes africains de la diaspora sont de plus en plus nombreux à souhaiter retourner travailler ou entreprendre sur le continent, mais nombreux sont ceux qui se trouvent très vite confrontés à de nombreuses difficultés. Cependant, conscients des opportunités qui existent et décidés à oeuvrer pour le développement de leur continent, ils n’hésitent pas à prendre ce risque et à revenir sur leurs terres d’origines.

On dit que l’Afrique est pauvre, mais le jour où l’Afrique commencera d’abord à nourrir son peuple avec ses propres matières premières produites et à se préoccuper de ses propres problèmes, la donne sera changée.

Je crois plus que jamais que la tendance s’inversera si, et seulement si, des mesures efficaces sont mises en oeuvre. Ce changement ne s’opèrera pas d’un simple claquement de doigt. Les Africains doivent replacer leurs pays et leurs peuples en priorité… et exiger que tout accord ou toute négociation externe se fasse dans le respect mutuel.

 


Journée internationale des filles : l’Afrique doit encore faire des efforts

Thomas Sankara disait : « la vraie émancipation de la femme, c’est celle qui responsabilise la femme »

Malheureusement, aujourd’hui, on peut dire qu’en Afrique la situation des jeunes filles et des femmes ne s’est pas améliorée. Si l’on veut voir la réalité en face, je peux même me permettre de dire qu’elle s’est dégradée … et ce, sur tous les plans. Loin de là mon envie d’être pessimiste (ce qui serait contre mes valeurs), mais il y a encore vraiment  beaucoup de travail à faire.

« Naître fille en Afrique aujourd’hui peut-être une cause d’exclusion et de discrimination »

« Tous les hommes [et femmes] naissent et demeurent libres et égaux en droits » selon l’Article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme [et de la Femme] et du citoyen de 1789.

Aujourd’hui, 11 Octobre, est la journée internationale des filles : l’occasion de célébrer les femmes leaders de demain, de faire un état des lieux de la situation des filles dans le monde mais également de rappeler qu’il y a encore beaucoup à faire pour leur épanouissement personnel et professionnel.

C’est aussi pour moi l’occasion, au travers de cet article, de faire une sorte de « mini plaidoyer » pour rappeler ô combien le développement durable d’un pays passe par un meilleur épanouissement de la fille et de la femme.

Affiche de la journée internationale des filles réalisée par la plateforme (Entreprendrelafrique.com)

L’éducation, qui constitue la base de tout développement d’une personne est encore très discrimante en Afrique.
Selon des chiffres tirés de l’Unesco :
« Le taux d’alphabétisation des femmes ne dépasse pas les 50% dans plus de 12 pays d’Afrique subsaharienne. Il reste même en dessous des 20% dans certains cas. »

Ne pas savoir lire ni écrire… je vous laisse un peu imaginer tout ce que cela peut représenter pour une fille, en termes de vulnérabilité, de privation de ses droits et de manque d’autonomie.

Comment expliquer cela ? Plusieurs facteurs entrent en jeu :

-Les traditions et les normes sociales : la femme, dans plusieurs localités du continent est très vite soumise à une pression sociale qui croule sous le poids des « traditions » (et particulièrement en Afrique Subsaharienne,  je parle en connaissance de cause). On lui rappelle bien souvent qu’elle est soumise aux règles de parfaite femme au foyer. Elle doit ainsi gérer les tâches domestiques, se marier plus tard et avoir des enfants à un âge relativement avancé, parfois extrêmement jeune.
Imaginez vous que dans certains pays, aspirer à une carrière professionnelle pour certaines femmes est un rêve qui ne pourra JAMAIS devenir une réalité.

-Les mariages et grossesses précoces : les filles qui sont très vites confrontées à des mariages et grossesses précoces, elles sont donc contraintes d’interrompre leur scolarité, bien malgré elles, pour se diriger vers leur nouvelle vie, contraignante, non choisie.

-Les violences en milieu scolaire : les violences envers les jeunes filles en milieu scolaire sont bien trop fréquentes et très souvent impunies ! C’est totalement anormal ! De quoi parle -t-on ? Il s’agit des violences verbales et morales qui se répètent tout au long de l’année (moqueries, injures, remarques sexistes…), mais aussi souvent de violences physiques (harcèlement sexuel, attouchements sexuels, viols). Ces violences ont un effet évidemment complètement négatif, elles contraignent les jeunes filles à ne plus vouloir aller à l’école, à fuir l’école ! Ces violences boulversent la vie de nombreuses jeunes filles, pourtant elles se taisent, elles ne disent pas ce qu’elles ont vécues. Certaine d’entres elles tombent enceinte et contractent le VIH sida à cause d’un viol.
Faute de personnels qualifiés dans les établissements scolaires (infirmières, psychologues…) qui pourraient recevoir et écouter les élèves qui sont en situation de détresse, les filles concernées se retrouvent totalement seules et démunies. La présence de personnel qualifié, qui pourrait prendre en compte leurs préoccupations et répondre à leurs questions est indispensable dans tout établissement ! Parler des violences subies n’est pas facile et les filles ne peuvent pas se confier à leur famille à cause de la tradition, elles ont peur des réactions de leur entourage, elles ont honte de ce qui leur arrive.
Résultat : ces actes ignobles sont tus, personne n’en parle, ils sont impunis, aucune répression, et les jeunes filles continuent à subir ces violences inacceptables.
Or, tant qu’on en parle pas pour les dénoncer, il n’y a pas de raison que cela s’arrête ! L’impunité, c’est la voix à toutes les violences possibles ! Il faut que cela cesse.

Photo prise lors d’un atelier créatif pour le lancement de la bande dessinée « Bobo et Noupi » à N’djamena

-Les tabous autour des menstrues (les règles) constituent encore un véritable frein à la scolarisation des filles.
Selon l’ONG Plan International, en Afrique, 1 fille sur 10 ne va pas a l’école durant ses règles faute de sanitaires adaptés où faire leur toilette quotidienne et faute de protections hygiéniques de qualité, à moindre coût.
Les menstruations – qui sont quelque chose de totalement naturel – ne sont pas acceptées et intégrées dans la vie en société, les règles deviennent donc très vite une honte pour les filles : chose inadmissible. Avoir honte de ses règles, c’est en quelque sorte avoir honte de soi-même, et c’est la société qui crée se sentiment négatif envers elles-mêmes chez les filles. Inadmissible ! Comment avoir de l’estime de soi dans ce cas là ? Comment avoir confiance en soi dans ces conditions ? Inadmissible !

-Le manque de modèle féminin positif et de « mentoring »:
Comme toutes les filles du monde, le premier modèle des petites filles africaines est, tout naturellement, la plupart du temps, leur maman : ce qui est très bien ! Mais, tandis que dans d’autres sociétés les petites filles peuvent très vite avoir d’autres modèles auxquels elles s’identifient (ce qui les porte, ce qui constitue une véritable énergie positive, une envie de grandir en regardant plus loin et plus haut…), au contraire, beaucoup de jeunes filles africaines n’ont pas cette possibilité là.

Je pense pourtant qu’il est très important qu’elles puissent aussi avoir des modèles/mentors auxquelles elles pourraient s’identifier pour avoir une vision et s’en donner les moyens. Dans les pays dits « développés », la société crée ces possibilités.
D’abord il y existe des modèles de grandes figures féminines connues (artistes, scientifiques, intellectuelles…) qui sont perçues de façon positive par la société et auxquelles les jeunes filles peuvent naturellement s’identifier, parce-que ces figures féminines sont admirées de tous.
Ensuite, il existe depuis quelques années des systèmes qui sont porteurs, ce sont par exemple des réseaux de femmes (mais les hommes y jouent aussi un rôle pour accompagner les jeunes femmes vers le succès) qui organisent des rencontres, des forums, des discussions… tout cela pour créer de l’entraide et des conseils sur tout ce qui concerne la vie des femmes : avoir confiance en soi, accéder à des poste à responsabilité au travail, concilier vie au travail et vie en famille, etc.
Bien sûr, cette cause ne doit pas être uniquement menée par des femmes mais également par des hommes. Il faut éduquer les jeunes garçons à cette idée d’égalité, d’entraide et d’échange continue, tout au long de la vie, entre la femme et l’homme, et ce, dès le plus jeune âge.
L’éducation et l’épanouissement de la jeune fille et de la femme est vraiment une affaire de tous.

Aujourd’hui de nombreux efforts restent à faire, surtout dans les pays d’Afrique subsaharienne.
Les autorités et les représentants officiels doivent ENFIN comprendre qu’une fille scolarisée et éduquée est amenée à devenir une LEADER de demain.
Les femmes représentent cette « ressource inexploitée » et qui pourrait apporter des solutions aux nombreux défis rencontrés dans ces pays. Une fille scolarisée et éduquée représente en réalité une ressource d’une immense richesse pour toute population et pour tout pays ! La femme doit donc être inscrite comme actrice principale dans tous les domaines importants : dans les processus de paix, de dialogue, de développement sociaux, de développement économiques et environnementaux du continent africain.
Les pays qui ont osé le pari de miser sur les femmes ne le regrettent pas, comment le pourraient-ils ?
Mais pour espérer arriver à cela, à voir des femmes qui avancent, dignes de décider, de penser, d’agir, d’oser, de diriger, de développer…. faudrait-il encore que la société (les autorités mais aussi les familles)  se préoccupent de leur éducation dès le bas âge, en leur donnant cet élan.

Les filles ont évidemment le droit de rêver et d’aspirer à un lendemain prometteur pour le bien de tous. Leur bien, c’est non seulement leur bien, mais c’est aussi le bien de tous. Le bien n’exclue pas, il s’additionne ! Les hommes doivent comprendre cela et ne plus craindre l’émancipation des femmes. Accompagner les femmes sur cette voie sera donc un « investissement » durable et porteur pour l’avenir.

Alors cette Journée Internationale [des droits] des Filles doit permettre de rappeler qu’elles ont – EVIDEMMENT-  le droit de rêver et d’aspirer à une vie meilleure.

 

 


L’université du futur en Afrique, un défi à relever grâce aux e-cours

Le numérique a su révolutionner le continent africain sur plusieurs aspects. Les Africains sont nombreux aujourd’hui à parier sur ce domaine qui représente un véritable espoir de développement pour le continent. Le numérique a en effet permis de transformer plusieurs contraintes en opportunités et de faire émerger de nombreuses solutions qui répondent aux besoins de la population africaine.

Je vous invite à lire l’article des Echos.fr , paru après le 26ème Forum Economique Mondial qui s’était tenu à Kigali en mai 2016. Il reprend clairement les enjeux du numérique dans le développement de l’Afrique.

Dans le présent article, j’ai choisi de me focaliser sur un des enjeux majeurs du continent : l’éducation et la formation. Je souhaite mettre en exergue le numérique comme une des solutions pour faire face aux problèmes que rencontre l’éducation en Afrique.

« Chaque problème d’un africain est une idée d’entreprise », a déclaré Florent YOUZAN (Web activiste ivoirien qui promeut les logiciels libres).

L’éducation et la formation en Afrique : encore des efforts à fournir 

D’après des chiffres tirés de la Banque Mondiale :

  • L’Afrique compte plus de 70% de jeunes de moins de 25 ans et près de 41% d’urbains. Ces jeunes vont jouer un rôle majeur à différents niveaux, dont celui du numérique.
  • Pour poursuivre, 38 millions d’enfants en âge d’aller à l’école dans le monde sont non scolarisés. Et en Afrique, ils sont plus de 18 millions (un jeune sur trois).
  • Le cas des filles est particulièrement inquiétant. C’est ainsi donc que le numérique arrive une fois de plus à faire ses preuves dans le domaine.

« Quelques 200 millions d’Africains sont âgés de 15 à 24 ans, soit 20 % de la population du continent. La moitié d’entre eux n’ont pas de travail et la crise économique qui se prolonge pourrait accroître cette proportion. Alphabétisés à 71 % seulement en Afrique subsaharienne, ils sont, selon la Banque mondiale, trois fois plus exposés au risque du chômage que les autres. » (source RFI).

Plusieurs facteurs sont à l’origine des difficultés :

  • l’arrivée massive de jeunes étudiants à former
  • le manque d’infrastructures conformes
  • le manque de professeurs qualifiés dans certains domaines
  • les frais de scolarité élevés
  • le coût de la vie étudiante très élevé dans certains pays
  • le manque de soutien de l’Etat aux étudiants dans la plupart des pays (bourses étudiantes très faibles ou quasi inexistantes…)
  • l’inadéquation entre les programmes proposés et les besoins du marché de l’emploi
  • le manque d’orientation scolaire
    Cette liste n’est pas exhaustive…

Les « Mooc » et/ou formations à distance ont la cote sur le continent

MOOC pour « Massive Open Online Course » (ou CLOM « Cours en ligne ouverts et massifs » pour les francophones) ont remporté un franc succès sur le continent puisqu’ils permettent de briser les barrières en termes d’accès à la connaissance et au savoir faire.

Les professeurs donnent des cours en vidéo en direct via webcam, à la manière d’un cours magistral en amphithéâtre. Ils répondent aux questions en direct (ou pas, cela dépend des cours), des modules de coopération entre étudiants peuvent aussi être proposés (forums, partage de doc). Au final, les professeurs valident (ou non) les acquis via des examens en fin de session ou en fin d’année (source: Le Parisien.com)

Cours en ligne diversifiés, visioconférences, diplômes reconnus en ligne volent donc au secours de l’éducation et de la formation dans plusieurs pays d’Afrique.

Source: Pixabay

L’accès à l’internet toujours inégal sur le continent:

Selon Seydou Sissouma, commissaire pour le développement humain de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) :« Au Mali et en Côte d’Ivoire, les universités ne parviennent à satisfaire que 10 % de leurs besoins d’accès à internet. C’est un peu mieux au Burkina Faso ».

Le véritable enjeu est de réussir à avoir des négociations avancées avec les différents opérateurs en vue de futurs partenariats pour réellement baisser les coûts d’accès au réseau dans la majorité des pays concernés (notamment les pays du Sahel).

Un enjeu majeur: réaliser des Moocs adaptés au contexte de développement et aux besoins de l’Afrique 

Il ne s’agira pas, pour les structures qui promeuvent les cours en lignes, de calquer ce qui se fait dans les pays de l’outre-mer ou d’atlantique mais plutôt d’adapter les cours en fonctions du contexte et des besoins du continent.

Je trouve cela inutile par exemple de former en ligne un jeune étudiant qui est en Afrique avec des problématiques et des sujets de cours donnés par des écoles ou universités étrangères.

La capacité, pour les enseignants africains, à adapter les contenus aux réalités du continent sera un véritable challenge. Le continent devra prouver aux autres pays qu’il est capable de produire du contenu de qualité, adapté aux besoins des jeunes pour espérer s’offrir une place de référence dans cette course aux Moocs.

Le Business Model des Moocs:

L’aspect financier est très important. La question de la gratuité est essentielle, car la non-gratuité des cours serait un véritable frein pour de nombreux étudiants. Faire de longues études ou des études prestigieuses représente un budget très conséquent. De nombreux jeunes sont confrontés à des difficultés pour financer leurs études. Les Moocs doivent donc pouvoir répondre à cette double problématique : donner accès à des formations de qualité en ligne tout en prenant en compte l’aspect financier.

On peut d’ores et déjà affirmer que les E-cours (Moocs ou E-learning) ont de très beaux jours devant eux sur le continent africain. L’université du futur en Afrique existe bel et bien, elle est déjà en marche !